Dérives de la CNAMGS : Iloko Boussengui va trainer en justice un État gabonais « qui prélève mais ne soigne plus »
La Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS), l’assurance maladie gabonaise, est désormais sur le banc des accusés. Ce dimanche 5 avril, sur sa page Facebook, l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2023 et président du mouvement LRA (Libérer, Réconcilier, Avancer), Dr Stéphane Germain Iloko Boussengui, a publié une tribune politique au ton particulièrement offensif consacrée à la situation de la Caisse. Dans ce texte intitulé « CNAMGS : quand l’État prélève… mais ne protège plus » , le médecin de formation annonce qu’il entend trainer devant les tribunaux la caisse.. Il affirme que le délai de huit jours qu’il avait accordé une semaine plus tôt pour obtenir des mesures correctives est arrivé à expiration. Et son constat est sans appel : « rien n’a été fait » et, plus encore, « la situation s’est aggravée ».
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Dans sa démonstration, Stéphane Germain Iloko Boussengui transforme le dossier CNAMGS en affaire de responsabilité publique majeure. Il soutient que la caisse continue de percevoir les cotisations tout en échouant à garantir effectivement les soins aux assurés. « La CNAMGS continue de prélever les cotisations. Mais elle ne garantit plus les soins. Elle encaisse. Mais elle n’assume plus » , écrit-il dans sa tribune. À travers cette formule, il vise non seulement l’organisme de couverture maladie, mais aussi l’État gabonais, qu’il accuse implicitement de manquer à ses obligations fondamentales envers les citoyens.
Un réquisitoire sanitaire sans détour
L’ancien candidat à la présidentielle décrit une chaîne de dysfonctionnements qu’il présente comme désormais structurelle. Il évoque, dans le même texte, des « Gabonais [qui] meurent faute de soins » , « faute de médicaments » et « faute d’un système de santé fonctionnel » . Il cite également « des médecins écartés du système » , « des pharmacies qui refusent de servir » , « des traitements interrompus » et « des patients abandonnés » . Pour lui, la crise n’est donc plus un simple problème administratif ou budgétaire, mais une défaillance globale de la protection sanitaire et sociale.
Tableau des griefs formulés par Stéphane Germain Iloko Boussengui
| Grief formulé | Citation de la tribune | Ce que cela signifie | Portée politique ou juridique |
|---|---|---|---|
| Prélèvements sans contrepartie effective | « La CNAMGS continue de prélever les cotisations. Mais elle ne garantit plus les soins. Elle encaisse. Mais elle n’assume plus. » | La caisse continue de percevoir les contributions des assurés, sans assurer en retour une couverture sanitaire jugée effective. | Remise en cause directe de la mission de service public de la CNAMGS. |
| Absence de prise en charge réelle | « Des Gabonais meurent faute de soins. Ils meurent faute de médicaments. Ils meurent faute d’un système de santé fonctionnel. » | Le signataire décrit une défaillance grave dans l’accès aux soins et aux produits de santé. | Accusation d’échec systémique de la protection sanitaire. |
| Éviction de professionnels de santé | « Des médecins écartés du système. » | Certains praticiens seraient exclus du dispositif de prise en charge. | Mise en cause du fonctionnement interne du système de couverture maladie. |
| Refus de délivrance par les pharmacies | « Des pharmacies qui refusent de servir. » | Des assurés se heurteraient à des refus de prise en charge dans les officines. | Illustration concrète de la rupture d’accès aux médicaments. |
| Interruptions de traitements | « Des traitements interrompus. » | Des patients ne pourraient plus suivre régulièrement leurs soins. | Risque direct pour la santé publique et pour la continuité des soins. |
| Abandon des patients | « Des patients abandonnés. » | Le texte décrit une situation d’isolement et de non-assistance des assurés. | Renforce l’accusation de rupture du service public sanitaire. |
| Rupture du pacte social | « Un État qui prélève sans protéger rompt le contrat fondamental qui le lie à ses citoyens. » | La crise de la CNAMGS est présentée comme une faille plus large du lien entre l’État et la population. | Politisation du dossier au niveau du contrat social et de la légitimité publique. |
| Inaction des autorités | « Tous ceux qui, par leurs décisions ou leur inaction, ont contribué à cette situation. » | Il ne vise pas seulement la CNAMGS, mais aussi les responsables administratifs et politiques. | Désignation d’une chaîne de responsabilités institutionnelles. |
| Mise en cause de la transition | « Que la Ve République n’est qu’un slogan » ; « que le 30 août 2023 n’a pas changé la condition des citoyens. » | La crise sanitaire est reliée au bilan politique de la transition. | Critique frontale de la promesse de rupture portée par les autorités actuelles. |
| Menace de saisine judiciaire | « Une procédure judiciaire sera engagée. » | Le combat annoncé quitte le seul terrain politique pour entrer dans le champ contentieux. | Annonce d’une judiciarisation du dossier. |
| Fondements juridiques invoqués | « Mise en danger de la vie d’autrui », « rupture du service public », « manquements aux obligations de l’État ». | Le leader du LRA énumère les bases sur lesquelles il entend appuyer sa démarche. | Construction d’un argumentaire juridique contre la CNAMGS et l’État. |
Au-delà du champ sanitaire, Stéphane Germain Iloko Boussengui donne à sa charge une portée explicitement politique. Il parle d’ « une rupture du pacte social » et soutient qu’« un État qui prélève sans protéger rompt le contrat fondamental qui le lie à ses citoyens ». Dans son viseur, il y a aussi le décalage qu’il perçoit entre la gravité de la situation hospitalière et l’agenda des autorités. « On parle de réformes institutionnelles. On débat de textes juridiques. On organise des commissions. On communique. On voyage », écrit-il encore, pour dénoncer ce qu’il considère comme une forme d’aveuglement politique face à l’urgence sanitaire.
Le passage de la dénonciation à la menace judiciaire
La principale annonce de cette tribune est judiciaire. Stéphane Germain Iloko Boussengui affirme qu’ « une procédure judiciaire sera engagée » contre la CNAMGS, mais aussi contre « tous ceux qui, par leurs décisions ou leur inaction, ont contribué à cette situation ». Il évoque trois qualifications ou fondements majeurs : « mise en danger de la vie d’autrui », « rupture du service public » et « manquements aux obligations de l’État ». Il précise enfin que « les juridictions nationales seront saisies » et ajoute que, « si nécessaire, les instances internationales également » pourront l’être.
L’intégralité de sa tribune
Par cette sortie, le président du LRA cherche aussi à inscrire le dossier CNAMGS dans une lecture plus large de la transition politique. Il prévient que si une telle situation perdure sans conséquences, il faudra avoir le courage de reconnaître « que la Ve République n’est qu’un slogan » et « que le 30 août 2023 n’a pas changé la condition des citoyens ». Le propos est lourd de sens, car il relie directement l’échec supposé de la prise en charge sanitaire à la crédibilité du discours de rupture porté depuis la chute de l’ancien régime. La conclusion de la tribune résume d’ailleurs sa posture : « Ce combat n’est pas politique au sens partisan du terme. Il est plus profond. C’est un combat pour la vie. »
@info241.com
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