Gabon : Après les réseaux sociaux, EPG s’attaque au Code de la nationalité d’Oligui Nguema
Ensemble pour le Gabon poursuit sa stratégie de confrontation par le droit bien qu’essuyant des déconvenues. Après avoir attaqué devant la justice la décision de la Haute autorité de la communication suspendant les réseaux sociaux au Gabon, le parti d’Alain-Claude Bilie-By-Nze s’en prend cette fois à un autre texte controversé du régime de Brice Clotaire Oligui Nguema : l’ordonnance n°004/PR/2026 du 26 février 2026 portant Code de la nationalité. Dans un communiqué daté de ce jeudi 23 avril et parvenu à Info241, EPG annonce avoir saisi la Cour constitutionnelle d’un recours en inconstitutionnalité contre ce texte.
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Ce nouveau front s’inscrit dans la continuité d’une première bataille déjà engagée contre la suspension des réseaux sociaux, en vigueur dans le pays depuis le 17 février 2026. Sur ce dossier, EPG avait saisi en urgence le Tribunal de première instance de Libreville. Une audience en référé avait été autorisée par ordonnance du président du tribunal le 9 mars, avant un examen de l’affaire devant le tribunal les 11 et 12 mars. Le 16 mars, le juge des référés s’est finalement déclaré incompétent, renvoyant les parties vers la juridiction administrative. L’affaire a ensuite été portée devant la Cour d’appel judiciaire de Libreville, où l’audience prévue le 22 avril n’a pas pu se tenir et a été reprogrammée au 29 avril. Entre-temps, la suspension des réseaux sociaux reste toujours effective, même si de nombreux usagers continuent d’y accéder via des VPN.
Une deuxième offensive contre une ordonnance contestée
Cette fois, EPG déplace la bataille vers la Cour constitutionnelle. Dans son communiqué, le parti indique avoir « déposé, en date du 23 avril 2026, un recours en inconstitutionnalité contre l’ordonnance n°004/PR/2026 du 26 février 2026 relative au Code de la nationalité ». À travers cette démarche, la formation politique entend faire annuler un texte qu’elle accuse d’introduire une rupture grave dans l’égalité entre citoyens gabonais.
Le communiqué est explicite : « Par ce texte, le pouvoir en place introduit une distinction inédite entre citoyens gabonais, remettant en cause le principe fondamental d’égalité devant la loi consacré par la Constitution. » EPG soutient également que « la nationalité gabonaise est une et indivisible, et ne saurait faire l’objet d’aucune hiérarchisation, directe ou indirecte », avant d’ajouter que « toute tentative de catégorisation des citoyens constitue une dérive grave, contraire aux fondements mêmes de l’État de droit ».
Le parti veut élargir le rapport de force
La démarche n’est pas isolée. Elle intervient alors que le parti reste engagé sur plusieurs terrains à la fois, dans un contexte déjà tendu par l’incarcération de son président, Alain-Claude Bilie-By-Nze, poursuivi dans une affaire d’escroquerie et d’abus de confiance présumés, selon le parquet de Libreville. En ouvrant un contentieux constitutionnel sur le Code de la nationalité, EPG cherche manifestement à élargir le champ de la contestation au-delà de la seule affaire Bilie-By-Nze.
Dans sa lecture politique, le parti ne voit pas seulement dans cette ordonnance un problème technique ou juridique. Il y décèle un risque de fracture nationale. Le communiqué affirme ainsi : « Au-delà de ses implications juridiques, cette ordonnance porte en germe une fracture durable au sein de la Nation, en opposant les Gabonais entre eux sur des critères incompatibles avec l’unité républicaine. »
EPG va même plus loin en soutenant que « conformément aux dispositions en vigueur, la saisine de la Cour constitutionnelle suspend de plein droit l’application de ladite ordonnance jusqu’à la décision de la juridiction compétente ». Le parti conclut en réaffirmant « son attachement indéfectible à l’État de droit, à l’égalité des citoyens et à la défense de l’unité nationale » et en appelant « l’ensemble des forces vives de la Nation ainsi que la communauté internationale à demeurer vigilantes face à toute tentative de remise en cause des principes fondamentaux de la République ».
Une opposition qui judiciarise désormais son combat
Après le bras de fer engagé contre la HAC sur la suspension des réseaux sociaux, EPG confirme donc une ligne offensive fondée sur la judiciarisation du conflit politique. D’un côté, le parti conteste devant la Cour d’appel une décision administrative toujours appliquée dans le pays. De l’autre, il tente maintenant de faire censurer devant la Cour constitutionnelle une ordonnance qu’il présente comme attentatoire au principe d’égalité entre Gabonais.
Autrement dit, après la bataille du numérique, EPG ouvre celle de la nationalité. Et dans les deux cas, le parti cherche à installer un même récit : celui d’une opposition qui entend combattre, devant les juridictions, ce qu’elle considère comme des décisions emblématiques et controversées du pouvoir en place.
@info241.com
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