Gabon : Souveraineté, climat social et réforme de l’État au cœur du conseil des ministres du 29 janvier
Le deuxième conseil des ministres de l’année 2026, tenu ce 29 janvier sous la direction de Brice Clotaire Oligui Nguema, a abouti à l’adoption de 12 textes législatifs et réglementaires essentiels . Ce bilan se compose de 3 projets d’ordonnance et de 9 projets de décret, complétés par des mesures économiques de souveraineté telles que l’interdiction de l’exportation du manganèse brut d’ici 2029 et l’arrêt des importations de poulet de chair dès 2027. L’exécutif a également validé une réorganisation profonde de la chaîne de commandement administratif et des mécanismes de contrôle de l’État.
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Climat social en ligne de mire
Cette séance a débuté par un examen attentif de la situation sociale du pays présenté par le vice-président du gouvernement Hermann Immongault. Le gouvernement a réaffirmé sa vigilance face aux mouvements d’humeur sectoriels qui marquent le début de l’année. Bien qu’une décrispation progressive soit observée, le président de la République a exhorté les ministres à privilégier le dialogue social. Il a insisté sur la nécessité de tenir un langage de vérité face aux partenaires sociaux sans aucune compromission.
Les mesures du conseil des ministres du 29 janvier :
| Nature | Ministère porteur | Objet (selon le communiqué) |
|---|---|---|
| Projet de décret | Ministère des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique | Fixe les modalités et moyens du service de recherche et de sauvetage (SAR) des aéronefs en détresse « en temps de paix » (organisation nationale et coopération) |
| Projet d’ordonnance | Ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre | Modifie le régime de la propriété : réforme ciblée de la publicité foncière et réduction des délais dans les opérations de régularisation stratégiques |
| Projet de décret | Ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre | Complète le décret sur concessions et locations des terres domaniales : procédure de publicité foncière allégée (délais réduits, garanties maintenues) |
| Projet d’ordonnance | Ministère de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation | Définit le cadre juridique de l’archivage électronique (constitution, conservation, gestion, prestataires) |
| Projet d’ordonnance | Ministère de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation | Encadre les paiements digitaux, organise la migration progressive des administrations et la dématérialisation des recettes publiques (cohérence CEMAC) |
| Projet de décret | Ministère de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation | Fixe les attributions et l’organisation du ministère (pilotage stratégique, souveraineté numérique, sécurité des SI) |
| Projet de décret | Ministère de la Planification et de la Prospective | Établit un cadre unifié de gestion des investissements publics (alignement, discipline, performance, redevabilité) |
| Projet de décret | Ministère de la Réforme et des Relations avec les Institutions | Fixe la composition des cabinets du Contrôleur général d’État et de son adjoint (appui fonctionnel, sobriété, efficacité) |
| Projet de décret | Ministère de la Réforme et des Relations avec les Institutions | Refonde et harmonise les Inspections générales des services (contrôle, audit, évaluation, conseil) |
| Projet de décret | Dispositif administratif interministériel | Réorganise la fonction de secrétaire général de ministère (chaîne de commandement, coordination, continuité) |
| Projet de décret | Dispositif administratif interministériel | Réorganise la Direction centrale des affaires juridiques (sécurisation des textes, contentieux, veille ; nomination conjointe) |
| Projet de décret | Administration des Eaux et Forêts | Crée et organise la Médaille d’honneur des Eaux et Forêts (bronze, argent, or) |
Le conseil a noté que les dysfonctionnements actuels trouvent leur source dans plusieurs décennies de gestion approximative du système administratif. Une réflexion approfondie est désormais conduite par le ministre de la Fonction publique Laurence Ndong pour établir un diagnostic rigoureux. Ce travail vise à identifier les écarts et à régulariser les situations administratives, notamment dans les secteurs de l’éducation et de la santé. Le vice-président du gouvernement s’est engagé à maintenir une communication permanente et transparente avec l’opinion nationale. Il exposera les efforts consentis tout en soulignant les contraintes liées aux tensions de trésorerie de l’État.
Action gouvernementale et souveraineté économique
Le gouvernement a annoncé la remise des feuilles de route des 100 jours pour le 4 février 2026. L’action gouvernementale se structure autour de mesures présidentielles phares comme la taxe forfaitaire d’habitation pour renforcer la décentralisation fiscale. La lutte contre la vie chère est également une priorité avec la mise en œuvre de la centrale d’achat du Gabon. Le programme de production massive de titres fonciers est une autre priorité stratégique pour sécuriser le patrimoine des citoyens. Ces initiatives visent à améliorer directement le quotidien des Gabonais et à renforcer les collectivités locales.
Dans une optique de souveraineté économique, le conseil a acté des décisions fortes concernant les ressources naturelles et l’agroalimentaire. L’exportation du manganèse brut sera formellement interdite à partir de l’année 2029. Parallèlement, l’importation du poulet de chair sera proscrite dès 2027 pour stimuler la production nationale. Le Gabon a également décidé de dénoncer son accord de partenariat de pêche avec l’Union européenne. Cette démarche vise à renforcer le contrôle sur les ressources halieutiques et à promouvoir une coopération plus équilibrée.
Le président de la République s’est félicité de l’accueil favorable des marchés financiers à l’annonce de discussions avec le Fonds monétaire international. Le ministre de l’Économie a reçu l’instruction de prendre toutes les dispositions nécessaires pour la mise en place effective de ce programme. Cette démarche s’inscrit dans la volonté de consolider la discipline budgétaire et la stabilité macroéconomique du pays. Le conseil a également validé un nouveau cadre de gestion des investissements publics pour optimiser la dépense publique. Chaque projet financé devra désormais être aligné sur les priorités nationales de développement.
Modernisation foncière et transition numérique
Le secteur du logement fait l’objet d’une réforme majeure avec l’adoption d’un projet d’ordonnance modifiant le régime de la propriété. Présenté par le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, ce texte vise à réduire les délais de publicité foncière. Il introduit un mécanisme dérogatoire pour les opérations de régularisation de grande envergure présentant un intérêt stratégique. Cette évolution normative doit faciliter l’accès au titre foncier tout en préservant la sécurité juridique. Un décret complémentaire allège également les procédures pour les concessions de terres domaniales.
Le Gabon accélère sa transition numérique avec l’adoption d’un cadre juridique pour l’archivage électronique. Ce projet d’ordonnance définit les règles de conservation et de valorisation des documents numériques de l’administration. Parallèlement, une ordonnance sur les paiements digitaux organise la migration progressive vers la dématérialisation des recettes publiques. Les impôts, taxes et frais administratifs pourront désormais être réglés via des solutions numériques sécurisées. Ces réformes visent à favoriser l’inclusion financière et à renforcer la transparence des finances publiques.
Les attributions et l’organisation du ministère de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation ont été redéfinies par décret. Le but est de renforcer le pilotage stratégique de la transformation numérique et de garantir la souveraineté technologique. Le conseil a également acté une réorganisation profonde de la chaîne de commandement administratif au sein de tous les ministères. La fonction de secrétaire général de ministère est désormais consolidée pour assurer la continuité de l’action administrative. Cette séparation entre les missions techniques professionnelles et les fonctions politiques est jugée essentielle.
Contrôle de l’État et sécurité civile
La discipline et le contrôle de l’État ont été renforcés par l’adoption de textes structurants pour les organes d’audit. Un décret fixe la composition des cabinets du contrôleur général d’État et de son adjoint pour garantir leur efficacité. Les inspections générales des services voient également leurs missions harmonisées pour renforcer la redevabilité publique. Elles joueront un rôle clé dans l’évaluation de la performance et le suivi des manuels de procédures. Cette volonté de moralisation de l’action publique est une exigence forte du président de la République.
La direction centrale des affaires juridiques a été réorganisée pour mieux sécuriser les textes législatifs et réglementaires. La nomination de ces directeurs relèvera désormais d’un choix conjoint entre le ministre de tutelle et le secrétaire général du gouvernement. Pour le secteur de l’environnement, le conseil a approuvé la création d’une médaille d’honneur des eaux et forêts. Cette distinction récompensera le dévouement des agents pour la protection des ressources forestières nationales. Trois échelons (bronze, argent et or) sont institués en fonction des années de service effectif.
Dans le domaine des transports, un décret fixe désormais les modalités de recherche et de sauvetage des aéronefs en détresse. Ce service national comprendra un comité de coordination, un bureau et un centre secondaire de sauvetage. Le conseil a également pris acte de l’opérationnalisation effective de la digitalisation des documents de transport routier. Cette avancée doit simplifier les démarches des usagers et réduire les risques de fraudes documentaires. Elle s’inscrit dans la stratégie nationale de transformation numérique conduite avec l’appui de l’ANINF.
Diplomatie et réponses aux urgences sociales
Le rayonnement diplomatique du Gabon a été confirmé par l’accréditation de nouveaux ambassadeurs et représentants internationaux. Le docteur Jassem Mohamed Alqassimi a été agréé en qualité d’ambassadeur des Émirats arabes unis. Monsieur Md. Najmul Huda représentera la république du Bangladesh, tandis que le docteur Xavier Crespin officiera pour l’OMS. L’UNESCO sera représentée par monsieur Marco Patricio Zambrano Restrepo sur le territoire national. Le pays se félicite également de son retour stratégique au sein des instances dirigeantes de l’Union africaine.
Face aux sinistres causés par les récentes inondations à Libreville, le président de la République a instruit une réponse d’urgence. Le gouvernement a reçu l’ordre d’associer le génie militaire et les sapeurs-pompiers aux opérations d’assistance. Un numéro vert sera prochainement mis en place pour orienter et appuyer les populations sinistrées. Le conseil a également suivi l’état des lieux des infrastructures sanitaires de Melen et de santé mentale endommagées. Le ministère de la Santé a présenté un rapport technique complet suite aux intempéries de décembre dernier.
La séance s’est terminée par une série importante de mesures individuelles touchant plusieurs départements ministériels et la présidence. Géraldine Yama Robert a été nommée conseiller spécial au secrétariat général de la présidence. À la vice-présidence du gouvernement, Alain Rempanot Mepiat occupe désormais les fonctions de directeur de cabinet. Frédérique Avome Angue Oliveira Guevit prend la tête de la direction générale de la marine marchande. Ces nominations visent à dynamiser l’appareil d’État pour la mise en œuvre des réformes adoptées.
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