Gabon : Un agent municipal détourne l’argent des obsèques d’un défunt pour financer son business
Qui a dit que le malheur des uns ne faisait pas le bonheur des autres ? Cet adage trouve son illustration parfaite dans une affaire jugée cette semaine au Gabon. Au tribunal de première instance de Franceville (Haut-Ogooué), un agent municipal de 51 ans a été condamné ce mercredi 8 avril à 3 mois de prison ferme à la maison d’arrêt de Yené. Son délit : avoir capitalisé sur la mort d’un compatriote nommé Danny pour soutirer des fonds aux habitants de la ville, rapporte ce jeudi L’Union. Le jugement, rendu à la faveur d’un délibéré consécutif à une audience correctionnelle de flagrant délit tenue le mercredi 1er avril, a mis en lumière une affaire mêlant abus de confiance et ambition commerciale déplacée.
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Le stratagème, d’un cynisme singulier, consistait à ouvrir un cahier de cotisations clandestin. Sans l’aval de la famille éplorée, l’agent public a collecté 470 000 FCFA auprès de donateurs convaincus de financer les obsèques de leur ami. Pourtant, au lieu de rejoindre la caisse des funérailles, les billets de banque ont pris la direction du Cameroun. L’objectif : acquérir un stock de téléphones portables destinés à être revendus avec bénéfice dans le marché local.
Un business plan fondé sur le deuil
L’insolite de l’affaire réside dans la défense du prévenu, qui a admis sans sourciller avoir utilisé la « solidarité » des habitants comme un capital de départ pour ses activités de négoce. Alertée par cette quête parallèle dont elle ne voyait pas la couleur, la famille du disparu a saisi la Direction générale des recherches (DGR). C’est cette intervention qui a stoppé net l’ambition entrepreneuriale de l’agent municipal.
La prison de Yéné à Franceville où va encore séjourner quelques temps le businessman
À la barre, l’homme a tenté de justifier l’injustifiable : « Je regrette mon geste. L’argent collecté a servi à acheter des téléphones portables » a-t-il confessé avec une franchise qui n’a pas manqué de surprendre l’assistance. Le procureur de la République a fustigé un comportement « peu scrupuleux », rappelant que s’enrichir sur la mort d’un compatriote constituait une circonstance moralement aggravante au sens de l’article 292 du Code pénal.
470 000 FCFA pour 90 jours d’ombre
Alors qu’il risquait une peine maximale de 5 ans de réclusion et une amende d’un million de francs CFA, le tribunal a rendu un verdict pour le moins clément. En écopant de seulement 3 mois de détention, M.I. s’en tire avec une sanction que beaucoup jugent symbolique au regard de l’audace du délit.
Cette sentence interroge sur le coût réel de l’indélicatesse dans la cité de De Brazza. Si le stock de téléphones n’arrivera probablement jamais sur les étals du marché, l’agent municipal, lui, aura tout le loisir de méditer sur son « investissement » raté depuis sa cellule de Yené, laissant derrière lui une famille doublement affectée par le deuil et l’escroquerie.
@info241.com
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