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Omar Bongo 17 ans après : Le patriarche est certes mort, mais son ombre refuse de quitter les gabonais !

Omar Bongo 17 ans après : Le patriarche est certes mort, mais son ombre refuse de quitter les gabonais !
Omar Bongo 17 ans après : Le patriarche est certes mort, mais son ombre refuse de quitter les gabonais ! © 2026 D.R./Info241

Sortez les mouchoirs et préparez les panégyriques. La cour des nostalgiques célèbre ce lundi 8 juin avec une ferveur déconcertante les 17 ans de la disparition d’Omar Bongo Ondimba, survenue dans le confort ouaté d’une clinique de Barcelone. S’il n’avait pas eu la bonne idée de tirer sa révérence médicale, nul doute que le doyen de la Françafrique, du haut de ses 90 ans aujourd’hui, serait toujours vigoureusement accroché à son fauteuil présidentiel. Un scénario catastrophe qui aurait prolongé indéfiniment une démocratie confisquée, maintenue sous perfusion pour le seul bonheur d’une caste de bongoïstes assoiffés de privilèges et de rentes viagères.

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Il faut dire que l’homme de fer n’avait pas fait dans la dentelle pour asseoir son autorité. Durant 42 ans d’un règne sans partage, dont 22 interminables années sous la chape de plomb du parti unique, le patriarche a géré le Gabon comme une vulgaire épicerie familiale. Une mainmise totale sur l’économie nationale qui permettait de siphonner allègrement 17 % des revenus de l’exploitation pétrolière, directement reversés dans les poches de ses proches et de sa cour d’innombrables héritiers. En réalité, ce départ n’aura véritablement manqué qu’à ceux qui ont allègrement profité de ses largesses sur le dos d’un peuple exsangue et silencieux.

 Un héritage empoisonné et une ironie de l’histoire

Sa disparition en 2009 fut, d’une certaine manière, salvatrice pour un pays asphyxié. Mais le cadeau d’adieu fut empoisonné : le Gabon héritait de son fils, Ali Bongo. Pour garantir la pérennité de cette monarchie républicaine, le père et le fils avaient pris le soin méticuleux d’armer jusqu’aux dents une armée prétorienne. Une milice d’élite chargée de réprimer toute contestation et de sécuriser des simulacres d’élections présidentielles, toutes systématiquement remportées grâce à un système de validation bien huilé dont la Cour constitutionnelle était la complaisante clé de voûte.

*Le disparu et ses proches*

L’ironie cinglante de l’histoire a voulu que ce soit cette même garde prétorienne, choyée et suréquipée, qui finisse par renverser le fils héritier. Cependant, la chute d’Ali Bongo n’a visiblement pas sonné le glas de la dévotion envers le père fondateur de ce système prédateur. Contre toute attente, l’actuel président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, bien qu’ayant mis fin au règne du fils, semble vouer une révérence hors norme à celui qui fut pourtant l’architecte en chef de la ruine morale et économique de la Nation.

 L’amnésie institutionnelle élevée au rang d’art

Le sommet de ce paradoxe politico-historique a été atteint le 3 mai dernier. Le chef de l’État n’a rien trouvé de plus inspiré que de baptiser le Palais des congrès de la Cité de la démocratie au nom d’Omar Bongo. Une prouesse sémantique vertigineuse : associer le mot « démocratie » au nom du patriarche de l’anti-démocratie. Pour couronner le tout, un musée à la gloire de ce président mort au pouvoir a été inauguré, offrant une vitrine rutilante à un dirigeant qui fut sans pitié contre ses adversaires politiques.

*Le palais en hommage au célèbre "démocrate" disparu*

Car derrière le sourire enjôleur et le costume sur mesure du pacificateur régional, la méthode Bongo était implacable. Ceux qui osaient défier l’autorité du maître finissaient invariablement par trouver la mort dans des conditions tragiquement opaques, ou étaient condamnés aux affres d’un long exil. Aujourd’hui, honorer sa mémoire avec autant de faste relève d’une amnésie sélective pour le moins troublante. À croire que, 17 ans après son dernier souffle catalan, l’ombre étouffante d’Omar Bongo continue de dicter sa loi à un pays qui peine décidément à couper le cordon ombilical de ses propres bourreaux.\

 La Françafrique avait son doyen

Omar Bongo fut aussi l’un des grands visages de la Françafrique. Il savait parler à Paris, financer des amitiés, rassurer les réseaux, servir de trait d’union entre les intérêts français et les équilibres africains. Sa proximité avec les milieux politiques français et les compagnies pétrolières a longtemps constitué l’un des piliers de son régime. Le Gabon était officiellement indépendant ; mais dans les coulisses, l’ancien monde colonial avait trouvé dans Libreville une adresse confortable.

*L’hommage du PDG dont la direction a échappé à son fils déchu*

Ce système, il l’a incarné jusqu’à la caricature : costume impeccable, sourire de patriarche, carnet d’adresses international, fortune contestée et pouvoir indéboulonnable. Le paradoxe est cruel : Omar Bongo se présentait comme garant de l’unité nationale, mais il a surtout bâti une République dans laquelle l’État, le parti, la famille et les affaires se confondaient dangereusement. Le Gabon n’était pas gouverné ; il était tenu.

S’il n’était pas mort, le scénario catastrophe

Imaginons un instant qu’Omar Bongo n’ait pas quitté la scène ce 8 juin 2009. À 90 ans, il aurait peut-être encore été là, à expliquer que le pays avait besoin de son expérience, que la jeunesse devait patienter et que l’alternance viendrait « au moment opportun ». Le moment opportun, chez Omar Bongo, avait cette particularité d’être toujours repoussé à la présidentielle suivante.

*Un monstre politique disparu*

Le scénario catastrophe est facile à écrire : une démocratie encore plus confisquée, une économie toujours plus capturée par une caste bongoïste, une administration convertie en instrument de fidélisation politique, des élections présidentielles gagnées par avance et une Cour constitutionnelle prête à transformer les contestations en formalités administratives. Le Gabon aurait continué de vieillir sous un président qui, lui, ne voulait pas que le pouvoir prenne sa retraite.

Oligui Nguema, tombeur du fils et admirateur du père

L’histoire serait presque limpide si l’actuel pouvoir ne s’amusait pas à brouiller les symboles. Brice Clotaire Oligui Nguema a renversé Ali Bongo, mais semble entretenir à l’égard d’Omar Bongo une révérence spectaculaire. Le 3 mai dernier, le nouveau palais des congrès de la Cité de la démocratie a été inauguré à Libreville sous le nom d’Omar Bongo Ondimba. Dans son enceinte, un espace mémoriel ou musée est même présenté comme un lieu consacré à son héritage.

*Oligui Nguema, fan du patriarche*

Le geste est politiquement vertigineux. On prétend tourner la page de la dynastie en sanctuarisant le fondateur du système dynastique. On célèbre la « démocratie » dans une cité où l’on baptise le palais du nom de l’un des plus grands artisans de l’antidémocratie gabonaise. On dénonce l’ancien régime, mais l’on accroche son patriarche au fronton des institutions rénovées. À ce niveau, ce n’est plus un hommage : c’est une contorsion mémorielle.

Le mort qui gouverne encore les symboles

Ce 8 juin, ses proches pourront donc déposer des fleurs, prononcer des discours et parler d’un « grand bâtisseur ». C’est leur droit. Mais le reste du pays peut aussi se souvenir du chef du parti unique, du maître des élections sans suspense, du patriarche de la Françafrique, du bénéficiaire d’un système pétrolier opaque et du père politique d’une dynastie finalement renversée par sa propre garde.

Omar Bongo est mort depuis 17 ans. Pourtant, son nom revient sur les bâtiments, dans les cérémonies, dans les récits officiels et dans les prudences du pouvoir actuel. Le Gabon veut avancer, mais l’on continue de lui demander de saluer l’homme qui l’a longtemps immobilisé. C’est peut-être cela, la dernière malice du patriarche : avoir quitté le pouvoir par la mort, mais laissé derrière lui assez de fidèles, de réflexes et de symboles pour que le pays continue de discuter avec son ombre.

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