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Sommet de la CEMAC à Brazzaville : l’ultimatum sur les devises et la discipline budgétaire

Sommet de la CEMAC à Brazzaville : l’ultimatum sur les devises et la discipline budgétaire
Sommet de la CEMAC à Brazzaville : l’ultimatum sur les devises et la discipline budgétaire © 2026 D.R./Info241

Réunis ce jeudi 22 janvier à Brazzaville (Congo), les chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) ont tenu une session extraordinaire entièrement consacrée à l’examen de la situation économique, financière et monétaire de la sous-région. Une rencontre convoquée par le président congolais Denis Sassou Nguesso, président en exercice de la Conférence des chefs d’État, dans un contexte marqué par la fragilité des équilibres macroéconomiques et la pression persistante sur les réserves en devises. La rédaction d’Info241 revient sur les grandes lignes de ce sommet.

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Un tour de table à 5 avec des représentants pour le Cameroun et le Tchad

Ont notamment pris part aux travaux le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra , le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, le président équato-guinéen Obiang Nguema Mbasogo , tandis que le Cameroun était représenté par son ministre des Finances Louis Paul Motaze et le Tchad par son ministre d’État Tahir Hamid Nguilin. Le président de la Commission de la Cemac, Baltasar Engonga Edjo’o, a assuré le rapport des questions inscrites à l’ordre du jour.

Les conclusions :

Volet Ce que dit le communiqué final du Sommet extraordinaire Mesures demandées / décisions Effets attendus dans la zone Cemac
Cadre et objectif Session extraordinaire consacrée à « l’examen de la situation économique, financière et monétaire » de la Cemac, à Brazzaville. Relancer la coordination macroéconomique et accélérer les réformes communautaires. Stabilité monétaire renforcée et meilleure capacité de réaction face aux chocs.
Participants Présidence assurée par Denis Sassou Nguesso ; présence de Touadéra, Oligui Nguema, Obiang ; Cameroun représenté par Louis Paul Motaze ; Tchad par Tahir Hamid Nguilin. Mobilisation des États et des institutions : BEAC, BDEAC, Commission Cemac, FMI. Alignement politique au sommet pour accélérer l’exécution des décisions.
Constat macroéconomique La Conférence prend acte du rapport du gouverneur de la BEAC sur la situation économique, financière et monétaire de la zone. Adoption d’un cap de « mesures urgentes et vigoureuses » selon les recommandations communautaires. Redressement des indicateurs externes et consolidation des réserves.
Suivi des décisions précédentes Examen de l’état d’exécution des mesures arrêtées aux sessions du 16 décembre 2024 (extraordinaire) et du 10 septembre 2025 (ordinaire). Accélération de la mise en œuvre des résolutions non exécutées. Réduction du retard de réformes et crédibilité accrue.
Discipline budgétaire (court terme) Les chefs d’État appellent à assurer la cohérence entre lois de finances et engagements, notamment avec le FMI. Budgets alignés sur la soutenabilité de la dette et la consolidation de la position extérieure. Moins de dérapages, dette mieux maîtrisée, confiance des partenaires renforcée.
Programmes FMI La Conférence exhorte les États à négocier, conclure ou poursuivre les programmes avec le FMI. Poursuite des réformes et respect des conditionnalités macroéconomiques. Accès facilité aux financements et meilleure crédibilité internationale.
Transparence et statistiques Appel à améliorer la production et la diffusion des statistiques, notamment via la publication mensuelle du TOFE. Publication régulière des données budgétaires et financières de l’État. Pilotage économique plus fiable et limitation des zones d’ombre budgétaires.
Compte unique du Trésor (CUT) Encouragement à accélérer la mise en place des CUT. Centralisation des ressources publiques et meilleure traçabilité des flux. Réduction des fuites, meilleure gestion de trésorerie.
Digitalisation des finances publiques La Conférence recommande la digitalisation des finances publiques. Modernisation des procédures : recettes, dépenses, contrôle. Efficacité accrue, transparence et réduction des fraudes.
BEAC et supervision bancaire (Cobac) Rappel de la nécessité de préserver l’indépendance de la BEAC et de renforcer le rôle de la Cobac. Stabiliser la politique monétaire et renforcer la supervision du secteur bancaire. Système financier plus résilient et risques bancaires mieux contenus.
Rapatriement des devises Exhortation au rapatriement dans la Cemac des avoirs détenus à l’extérieur, y compris les recettes d’exportation. Réintégration des devises dans le circuit communautaire et renforcement des réserves. Amélioration des réserves BEAC et stabilité du franc CFA.
Fonds de restauration des sites pétroliers Demande de poursuivre et finaliser les négociations avec les industries extractives sur le rapatriement des fonds RES. Retour des fonds constitués en devises vers la zone Cemac. Renforcement des réserves et meilleur encadrement des flux extractifs.
Banques et risque souverain (moyen terme) Appel à renforcer et assainir le secteur bancaire, notamment en réduisant l’exposition au risque souverain. Limiter la dépendance des banques à la dette des États. Réduction du risque systémique et stabilité bancaire.
Rôle de la BDEAC Volonté de renforcer le rôle de la BDEAC dans le financement et la transformation structurelle. Accélérer le financement de projets structurants et productifs. Diversification économique et investissements plus soutenus.
Import-substitution Appel à accélérer la mise en œuvre de la stratégie communautaire d’import-substitution. Développer la production locale pour réduire les importations. Meilleur équilibre commercial et création d’emplois.
Mécanisme de suivi (Pref-Cemac) Instruction de renforcer le Secrétariat du Pref-Cemac pour des évaluations trimestrielles. Évaluation du 1er trimestre 2026 et rapport avant les Assemblées de printemps FMI/BM.  Pression accrue sur l’exécution et réduction des engagements non suivis d’effet.

À leurs côtés, plusieurs acteurs-clés du dispositif communautaire ont également participé, dont le gouverneur de la BEAC, le président de la BDEAC et l’ administrateur du Groupe Afrique III au FMI . La rencontre des chefs d’État a par ailleurs été précédée des sessions extraordinaires du Comité ministériel de l’Umac et du Conseil des ministres de l’Ueac , tenues respectivement les 19 et 21 janvier.

Alerte macroéconomique : la BEAC et le FMI sonnent le rappel à l’ordre

Au cœur du sommet, la Conférence des chefs d’État a suivi le rapport du gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) sur la situation de la zone. Celui-ci a mis en avant un contexte macroéconomique appelant, selon le communiqué final, des mesures urgentes et vigoureuses de redressement, dont les chefs d’État ont pris acte.

Les chefs d’Etat présents

Les dirigeants ont également pris connaissance du rapport du président de la Commission, axé à la fois sur les analyses présentées par les instances ministérielles et sur l’état d’exécution des décisions arrêtées lors des précédentes sessions : celle du 16 décembre 2024 (extraordinaire) et celle du 10 septembre 2025 (ordinaire). Dans la même séquence, l’administrateur du Groupe Afrique III au FMI a rappelé les préoccupations du Fonds sur les perspectives macroéconomiques, tout en saluant les mesures proposées et en encourageant la consolidation de la gestion des finances publiques dans une approche coordonnée.

Les priorités « à court terme » : discipline budgétaire, transparence et devises dans la zone

Au terme des échanges, la Conférence a exhorté les États membres à une série d’actions immédiates. Première exigence : garantir la cohérence entre les lois de finances et les engagements des États , notamment vis-à-vis du FMI, et assurer leur compatibilité avec les objectifs de soutenabilité de la dette et de consolidation de la position extérieure à moyen terme.

Deuxième axe : négocier, conclure ou poursuivre les programmes économiques et financiers avec le FMI , tout en renforçant la production et la diffusion des statistiques, y compris celles liées aux finances publiques, à travers notamment la publication mensuelle du Tableau des opérations financières de l’État (TOFE) .

Troisième orientation : moderniser l’architecture budgétaire avec l’accélération de la mise en place des Comptes uniques du Trésor (CUT) et la digitalisation des finances publiques. Dans le même esprit, les chefs d’État ont insisté sur la nécessité de préserver l’indépendance de la BEAC et de renforcer le rôle de la Cobac (supervision bancaire).

Enfin, la question des devises a été frontalement posée : la Conférence appelle au rapatriement dans la Cemac des avoirs détenus à l’extérieur de la zone , y compris les recettes d’exportation des entreprises , avec une attention particulière sur le secteur extractif. Les chefs d’État demandent aussi de poursuivre et finaliser les négociations avec les industries extractives pour le rapatriement des fonds de restauration des sites pétroliers .

Les chantiers « à moyen terme » : banques, BDEAC et import-substitution

À moyen terme, la Cemac entend engager un resserrement structurel. Les États sont invités à renforcer et assainir le secteur bancaire , notamment par la réduction de l’exposition des banques au risque souverain , un signal explicite en direction de la stabilité du système financier régional.

Les chefs d’État veulent également renforcer le rôle de la BDEAC dans le financement et la transformation structurelle des économies, tout en accélérant la mise en œuvre de la stratégie communautaire d’ import-substitution , présentée comme l’un des leviers de résilience face aux chocs extérieurs.

Un mécanisme de suivi renforcé dès le premier trimestre 2026

Pour éviter que les résolutions ne restent lettre morte, la Conférence a prescrit le renforcement du Secrétariat du Programme des réformes économiques et financières (Pref-Cemac), afin de conduire des missions d’évaluation trimestrielles auprès des acteurs chargés de l’exécution des mesures. Le Secrétariat technique du Pref-Cemac est instruit de mener l’évaluation du premier trimestre 2026 « dans les meilleurs délais » et de produire un rapport avant les Assemblées de printemps du FMI et de la Banque mondiale.

Derrière le protocole, le message de Brazzaville est limpide : la Cemac veut reprendre la main sur ses fondamentaux — finances publiques, transparence, supervision bancaire et rapatriement des devises. Pour les États, il s’agit désormais de transformer ces injonctions en actes mesurables, car l’équilibre monétaire et la stabilité financière de la zone se jouent, en grande partie, dans l’exécution réelle des réformes annoncées.

Le communiqué final indique que les travaux se sont déroulés dans une atmosphère « de sérénité, de compréhension réciproque et d’entente cordiale », et porte les signatures des participants, sous l’autorité du président en exercice Denis Sassou Nguesso.

@info241.com
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