Tentative de déstabilisation du Gabon par Ondo Ossa : pourquoi il faut obligatoirement expertiser la vidéo
Depuis quelques jours, une vidéo circule sur internet. Elle ne se contente pas de passer de téléphone en téléphone ou de groupe en groupe : elle s’installe. Elle divise. Elle alimente les conversations politiques, les soupçons, les procès d’intention. Elle met en cause Albert Ondo Ossa, ancien candidat à l’élection présidentielle du 26 août 2023, et ravive une affaire où s’entremêlent documents anonymes, accusations de manœuvres souterraines et pratiques relevant de la politique de l’ombre.
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Pourtant, derrière la guerre qui fait rage sur internet entre Albertistes (partisans d’Albert Ondo Ossa) et Oliguistes (Partisans de Brice Oligui Nguema) une question demeure, simple et presque brutale : cette vidéo est-elle authentique ? Tant que cette interrogation restera sans réponse claire, le débat restera biaisé.
La vidéo qui a fuité
Présentée comme filmée à l’insu de ses protagonistes, la séquence montrerait Albert Ondo Ossa lisant un document évoquant des stratégies d’influence, avant d’évoquer la possibilité d’y apposer sa signature, « avec réserve » que l’on retrouve sur le document. Si les images sont avérées, elles dépassent le stade de la rumeur ou du faux grossier. Elles suggèrent une interaction réelle, consciente, et posent inévitablement la question d’une implication, même partielle dans le cas d’une manipulation orchéstrée par des tiers ou par des services de renseignements gabonais.
Le 25 janvier 2026, Albert Ondo Ossa, lui, a choisi de balayer l’affaire sans détour, dénonçant une manipulation politique et une tentative de discrédit. Deux récits s’opposent donc frontalement. Et en l’absence d’une expertise indépendante, il est impossible de départager le vrai du fabriqué, le contexte réel de la mise en scène.
L’affaire Jean-Marie Michel Mokoko
Dans la sous-région, l’histoire récente devrait pourtant inciter à la prudence. Au Congo-Brazzaville, l’affaire Jean-Marie Michel Mokoko reste un précédent lourd de conséquences. Une vidéo ancienne, datée de 2007, avait été ressortie des années plus tard ( en 2016) dans un climat politique électrique, devenant l’un des piliers d’accusations majeures.
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La réaction de dimanche de l’intéressé
À l’époque, aucune expertise indépendante n’avait été exigée. La vidéo diffusée sur la télévision congolaise avait été admise telle quelle dans l’espace public, sans véritable débat technique sur son intégrité, son contexte ou ses conditions de captation.
Jean-Marie Michel Mokoko avait alors opté pour le silence, invoquant une forme d’immunité. Ce choix, pensé comme une protection juridique, s’était révélé politiquement désastreux. Le vide laissé par l’absence de contradiction avait été comblé par une lecture unique, durablement installée.
Ce précédent rappelle une réalité souvent sous-estimée : une vidéo non expertisée finit toujours par faire la loi, qu’elle soit exacte ou non.
Manipulé ou consentant : une zone grise
Une autre question, plus inconfortable, s’invite dans le débat : Albert Ondo Ossa a-t-il pu être manipulé ? L’hypothèse mérite d’être posée sans caricature.
Les documents associés à cette affaire surprennent par leur forme. Leur style approximatif tranche avec l’exigence intellectuelle d’un professeur agrégé. Cela pourrait laisser penser à l’intervention d’intermédiaires rompus aux logiques de coulisse plutôt qu’aux principes républicains, plaçant l’universitaire face à un dispositif déjà balisé.
Mais la manipulation, en politique, n’existe jamais sans une part de consentement implicite. Elle suppose une écoute, une disponibilité, parfois une impatience. Elle prospère dans les moments où l’urgence semble justifier les raccourcis.
Être manipulé n’efface pas toute responsabilité. Cela la déplace, la nuance, la rend plus complexe. Et sans authentification de la vidéo, il reste impossible de distinguer le piège tendu de l’adhésion consciente.
Quand le soupçon devient un outil
Le cœur du problème n’est désormais plus idéologique. Il est factuel : Albert Ondo Ossa est-il l’homme que l’on voit et entend dans cette vidéo ? La réponse doit être claire : oui ou non.
Une expertise indépendante permettrait de vérifier les métadonnées du fichier, d’identifier d’éventuelles coupures, d’évaluer la cohérence entre l’image et le son, de détecter un montage ou une recontextualisation, et de comparer scientifiquement la voix avec des enregistrements de référence.
À l’heure des deepfakes et des manipulations numériques sophistiquées, aucun État sérieux ne peut fonder un débat politique majeur sur un fichier non certifié. Faute de preuve, le soupçon s’installe. Et le soupçon, en politique, devient rapidement une arme…
Une plainte comme acte de clarification
Dans ce contexte, une autre voie s’impose désormais à Albert Ondo Ossa : celle du recours judiciaire. Déposer plainte contre les compatriotes qui l’accusent publiquement ne relèverait ni de la surenchère ni de la dramatisation. Ce serait, au contraire, un acte de clarification.
Une telle démarche présenterait pourtant un double avantage déterminant pour lui. D’une part, elle permettrait de savoir si les accusations relèvent juridiquement de la diffamation ou si elles reposent sur des éléments suffisamment solides pour être soutenus devant un juge. Elle contraindrait ainsi chacun à sortir de l’insinuation pour entrer dans le champ de la preuve.
D’autre part, cette plainte constituerait un test grandeur nature pour la justice gabonaise dont l’indépendance du pouvoir politique est chimérique. Elle montrerait si l’appareil judiciaire agit en toute indépendance cette fois-ci ou s’il se retrouve impliqué dans une opération de déstabilisation, en protégeant des personnes proches du régime en place qui se livreraient à des campagnes de diffamation contre Albert Ondo Ossa.
Dans les deux cas, la procédure aurait une vertu essentielle : faire basculer l’affaire du terrain de la rumeur et de la manipulation vers celui du droit et surtout des faits.
Une démarche obligatoire pour un homme de la stature d’Ondo Ossa
Il faut enfin rappeler qui est Albert Ondo Ossa. Professeur agrégé d’économie respecté, ancien leader syndical, ancien super-ministre de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, il est aussi une figure centrale de la vie politique gabonaise depuis plus d’une décennie. Candidat à l’élection présidentielle de 2009, puis à celle de 2023, qu’il affirme avoir remportée, il se présente comme un homme d’État et ambitionne ouvertement de diriger le Gabon ce qui n’est absolument pas un crime bien au contraire !
À ce titre, en tant qu’homme d’Etat, il ne peut se permettre de laisser une affaire d’une telle gravité dans le flou. Le doute, l’ambiguïté et le silence prolongé ne sont pas compatibles avec la stature qu’il revendique. Un homme qui aspire à gouverner un pays, à restaurer l’autorité de l’État et la confiance des citoyens, ne peut laisser planer des soupçons aussi lourds sans exiger lui-même toute la lumière.
Ne pas tirer cette affaire au clair — par l’expertise de la vidéo, par la saisine de la justice, par une clarification totale — serait indigne de l’homme d’État qu’il se présente être et en contradiction avec son ambition clairement affichée de diriger le Gabon.
Une exigence politique
Expertiser cette vidéo ne revient ni à condamner Albert Ondo Ossa, ni à l’absoudre. Cela revient à refuser que le débat public gabonais se construise sur des zones grises, des enregistrements clandestins et des récits invérifiables.
C’est une exigence minimale dans ce pays qu’Albert Ondo Ossa prétend reconstruire sur des bases plus saines. La vérité ne peut pas rester au conditionnel et doit être connue de tous. Le Gabon le mérite amplement…
@info241.com
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