Réaction

Gabon : La grève des enseignants maintenue, le gouvernement mécontent brandit des contrôles !

Gabon : La grève des enseignants maintenue, le gouvernement mécontent brandit des contrôles !
Gabon : La grève des enseignants maintenue, le gouvernement mécontent brandit des contrôles ! © 2026 D.R./Info241

Quelques heures seulement après de la reconduction de la grève des enseignants par SOS Éducation, le gouvernement a répliqué, ce samedi soir, par une communication à double tonalité, lu à la télévision par le secrétaire général Christian Louembet-Onguelé. Le texte affirme que le gouvernement gabonais « réaffirme sa détermination à respecter les engagements pris » et promet, « à l’approche de la fin du mois de février », de traduire ses promesses « en actions concrètes ». Dans un contexte de crispation, l’exécutif veut démontrer qu’un processus de sortie de crise est déjà enclenché, tout en préparant un dispositif de contrôle de la reprise au mépris de la décision des AG de SOS Education.

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Au-delà du ton, le communiqué vise un objectif politique : opposer des « résultats  » à la ligne dure de la plateforme, qui continue de rejeter une reprise jugée insuffisamment garantie. Le ministère met en avant plusieurs points chiffrés pour étayer l’idée d’une exécution en cours. Dans le même mouvement, il annonce des mesures de vérification sur le terrain, présentées comme un passage obligé pour « l’effectivité  » de la reprise. Le message est donc double : rassurer sur l’action des autorités et avertir sur les conséquences d’un maintien de la grève.

Protocole additionnel et « sortie définitive » affichée

Première « avancée » revendiquée : la « signature d’un protocole d’accord additionnel de sortie définitive de crise » avec des représentants de SOS Éducation, présentés comme « la base des neuf provinces ». L’objectif affiché est de consolider le protocole initial déjà signé avec les autres partenaires sociaux et d’éviter que les concessions ne soient remises en cause par des contestations internes. Cette mention est stratégique, car elle entend donner une base juridique et politique au retour en classe. Elle sert aussi à isoler la frange qui refuse de considérer l’accord comme suffisamment engageant.

Les promesses gouvernementales :

Axe Ce que dit le gouvernement Extrait Lecture / enjeu
Bonne foi et engagements Réaffirme sa volonté d’appliquer le protocole et de « revaloriser » la profession « Dans le souci de revaloriser la profession enseignante et de redonner la dignité aux enseignants, le gouvernement réaffirme sa détermination à respecter les engagements pris dans le cadre du protocole d’accord signé avec les parties prenantes. » Prouver la sincérité des engagements et rassurer l’opinion, malgré le maintien de la grève
Promesses à court terme Promet de passer des annonces aux actes avant fin février « À l’approche de la fin du mois de février, le gouvernement est également résolu à traduire ses promesses en actions concrètes. » La crédibilité se jouera sur un calendrier précis et une exécution traçable
Avancée n° 1 Signature d’un protocole additionnel de « sortie définitive » « Signature d’un protocole d’accord additionnel de sortie définitive de crise avec les représentants de SOS Éducation, la base des neuf provinces. » Donner un cadre formel à la reprise, avec un risque de contestation par la base
Avancée n° 2 Transmission de 1 800 dossiers à la Solde (ex-« bénévoles ») « Transmission à la Solde de 1 800 dossiers des postulants à la profession enseignante anciennement désignés comme bénévoles. » Montrer un début d’exécution, mais attente d’un suivi nominatif et d’un échéancier
Avancée n° 3 Remise partielle des certificats de fin de formation « Distribution de 310 certificats de fin de formation (…) dans le cadre de 1 810 certificats à distribuer au total. » Avancée tangible, mais écart important avec le total annoncé, donc pression sur le rythme
Avancée n° 4 Signature de 943 « fiches bleues » « Signature de 943 fiches bleues des confessions religieuses. » Déblocage administratif revendiqué, à traduire en effets concrets sur le terrain
Le « bâton » Annonce des contrôles dès ce lundi 2 février 2026 « L’Inspection générale des services effectuera une visite de terrain (…) pour contrôler l’effectivité de la reprise normale des cours dès ce lundi 2 février 2026. » Pression sur les grévistes : vérification de présence au poste et risque d’escalade en cas de sanctions
Constat de reprise Évoque une reprise « progressive », entre 5 % et 30 % « Constat d’une reprise progressive des cours (…) atteignant un taux de reprise oscillant entre 5 et 30 %. » Le gouvernement installe l’idée d’un retour en marche, mais les taux restent faibles et hétérogènes
Appel aux parents Demande d’envoyer les enfants à l’école dès lundi « Le ministère demande aux parents d’élèves de veiller à envoyer leurs enfants à l’école à partir du lundi 2 février 2026, car leur éducation est une priorité. » Mobiliser les familles pour renforcer la reprise et peser sur le rapport de force
Prochaine étape Promet un planning de mise en œuvre dès la semaine prochaine « Transmission dès la semaine prochaine (…) d’un planning de mise en œuvre des engagements pris (…) » Point-clé de crédibilité : sans planning, la « bonne foi » reste difficile à objectiver

Deuxième annonce : la transmission à la Solde de 1 800 dossiers de postulants à la profession enseignante, « anciennement désignés comme bénévoles  ». À travers cette mesure, le ministère veut matérialiser une bascule administrative, en traitant un stock de situations précaires. Le chiffre est brandi comme une preuve d’exécution, là où les grévistes réclament des actes vérifiables, identifiables et suivis dans le temps. Mais le communiqué ne détaille ni les critères, ni le calendrier individuel, ce qui laisse subsister un doute sur l’impact immédiat dans les établissements.

Bénévoles : certificats remis, dossiers encore attendus

Dans la même séquence, le ministère indique la distribution de 310 certificats de fin de formation à des enseignants « anciennement appelés bénévoles  », sur « 1 810 certificats à distribuer au total  ». Le geste est présenté comme un signal d’accélération et de reconnaissance d’un parcours de formation. Il vise aussi à démontrer que la crise produit déjà des effets concrets sur des dossiers en attente. Pour l’exécutif, ces délivrances doivent contribuer à rétablir la confiance et à rendre la reprise plus « sécurisée  ».

L’intégralité du communiqué gouvernemental

Le communiqué ajoute un autre point, plus technique : la signature de 943 « fiches bleues » des confessions religieuses. En l’intégrant à la liste des «  avancées notables  », le ministère cherche à montrer que des blocages administratifs sont en voie de dénouement. Cette mise en avant répond à une critique récurrente du secteur : la lenteur des régularisations, souvent accusée d’alimenter la conflictualité. Mais, sur le terrain, la plateforme grévistes reste attentive à la preuve d’exécution effective, au-delà des chiffres annoncés.

Contrôles dès lundi, le « bâton » brandi

Le durcissement apparaît ensuite sans ambiguïté : sur demande de la Commission de suivi et évaluation, l’Inspection générale des services effectuera une visite de terrain dans les établissements pour « c ontrôler l’effectivité de la reprise normale des cours dès ce lundi 2 février 2026  ». Derrière la formule, l’intention est limpide : constater la présence aux postes, vérifier l’ouverture des classes et documenter la réalité des cours. Cette annonce intervient au moment où SOS Éducation maintient son mot d’ordre, et sonne comme un avertissement direct aux grévistes.

Le ministère affirme, par ailleurs, constater une « reprise progressive  » sur l’ensemble du territoire, avec un taux oscillant « e ntre 5 et 30 % ». Ce chiffre, encore faible et hétérogène, sert néanmoins de levier : il installe l’idée que le mouvement de reprise est enclenché et qu’il doit être consolidé. Dans cette logique, le communiqué exhorte les enseignants ayant repris à « maintenir leurs engagements  » et appelle un « s yndicat constructif » à poursuivre son soutien à la continuité des cours. Autrement dit, l’exécutif met en scène un camp de la reprise pour accentuer la pression sur ceux qui tiennent la grève.

Parents mobilisés, calendrier promis

Le gouvernement élargit enfin l’adresse aux familles : il « demande aux parents d’élèves de veiller à envoyer leurs enfants à l’école à partir du lundi 2 février 2026  », en rappelant que « leur éducation est une priorité ». Cette injonction vise à éviter que la grève ne se traduise par une désertion durable des établissements et à créer une dynamique sociale de reprise. Elle place aussi les parents au cœur du dispositif, comme relais de la normalisation attendue. Dans un conflit où la bataille de l’opinion compte, l’exécutif cherche ainsi à reprendre l’initiative.

En perspective, le ministère promet la transmission, « dès la semaine prochaine  », d’un planning de mise en œuvre des engagements pris entre le gouvernement, SOS Éducation et les partenaires sociaux. Le communiqué se conclut par un appel à l’unité et à la vigilance de la communauté éducative. Entre annonces chiffrées et contrôles annoncés, l’exécutif mise désormais sur une stratégie de double contrainte : prouver l’action, tout en encadrant fermement la reprise sur le terrain contre l’avis de AG de SOS Education qui ont refusé dans 8 provinces sur 9 dont l’Estuaire de prendre les cours ce lundi.

@info241.com
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