Le gouvernement gabonais d’Oligui Nguema abriterait plusieurs camerounais... mais pas que !
L’incident survenu mardi dernier lors d’un mouvement d’humeur à la Poste continue de faire des vagues bien au-delà des frontières nationales. La vive colère du ministre de la Communication, Germain Biahodjow, qui a publiquement menacé un agent de sécurité de nationalité camerounaise après qu’un employé en grève a été mordu par un chien de garde, a enflammé la toile. Si de nombreux internautes ont réagi à cette séquence, cette affaire a surtout servi de tremplin à une intervention pour le moins retentissante sur la composition de l’appareil d’État gabonais.
-
Ce vendredi 22 mai dans l’après-midi, le journaliste camerounais Raoul Bia s’est fendu d’une longue prise de parole sur sa page Facebook. S’adressant directement à ses compatriotes créateurs de contenus, notamment « Beuze 237 » et un certain Alex Tchami, l’ancien reporter d’Afrique Média a voulu prendre la défense du Gabon face aux accusations de xénophobie. Une démarche de prime abord pacifiste, qui s’est rapidement transformée en un déballage explosif sur les arcanes de l’administration gabonaise.
Le Gabon, terre d’accueil et d’intégration au sommet
Pour étayer son propos et dédouaner Libreville, Raoul Bia s’est d’abord appuyé sur des arguments démographiques, appelant ses pairs à se documenter avant d’aborder des questions diplomatiques. « Les chiffres officiels, c’est-à-dire ceux qui sont titulaires de titres de séjour, parlent de plus de 30 000 ressortissants camerounais vivant au Gabon. Et en ajoutant les clandestins, ils pouvaient atteindre les 40 000 », a-t-il argué, avant d’en tirer une conclusion lapidaire : « Un pays xénophobe ne peut pas abriter autant de Camerounais sur son sol. »
La sortie du journaliste
Mais c’est en voulant illustrer l’intégration parfaite des étrangers que le journaliste a lâché une véritable bombe politique. Sans prendre de gants, il a affirmé l’existence de hauts cadres d’origine étrangère au sein même de l’exécutif. « Dans le gouvernement gabonais, Alex Tchami, il y a des ministres d’origine camerounaise. Des ministres d’origine camerounaise, le gouvernement actuel. Il y a des directeurs généraux des entreprises publiques et parapubliques d’origine camerounaise », a-t-il martelé avec assurance, soulignant que cette présence concerne également des profils d’origine sénégalaise et béninoise.
Un défi lancé à Yaoundé et une pique aux influenceurs
Poussant la comparaison pour confondre ses détracteurs, le journaliste a mis en exergue le contraste saisissant avec son propre pays. Il a mis au défi les influenceurs de trouver un seul ministre ou directeur général d’origine étrangère au Cameroun, un État qui accueille pourtant près de 4 millions de Nigérians. « Si déjà, nous-mêmes ici au Cameroun, on n’arrive pas à s’entendre sur la redistribution des postes entre les tribus, entre les régions, entre les ethnies, c’est un étranger qu’on va accepter ? » s’est-il interrogé. Fustigeant l’ignorance de ses cibles, il a lancé une pique acérée : « Votre téléphone ne vous sert pas seulement à faire des sextapes. Apprenez aussi à aller sur Google pour taper, pour avoir des bonnes informations. »
Loin de s’arrêter là, Raoul Bia a exhorté ses compatriotes à faire preuve de « beaucoup de modestie » lorsqu’ils prennent la défense de la diaspora. Dans un aveu troublant, il a levé le voile sur les agissements délictuels de certains Camerounais au Gabon, citant pêle-mêle des trafics d’ossements humains, des enlèvements ou encore l’escroquerie d’un individu s’étant fait passer pour le propriétaire d’une banque internationale. Il a notamment salué le travail de l’ambassadrice du Cameroun au Gabon, affirmant qu’elle « traite avec diplomatie et étouffe » ces nombreux scandales pour préserver l’image de sa communauté.
Une ligne rouge franchie pour l’opinion gabonaise
Si l’intention initiale du reporter camerounais était ostensiblement de calmer le jeu et de défendre l’image d’hospitalité du régime de Brice Clotaire Oligui Nguema, le résultat s’avère hautement inflammable sur le plan de l’opinion publique nationale. En affirmant avec une telle désinvolture que des individus d’origine étrangère dirigent des ministères et des directions générales, Raoul Bia a touché une corde extrêmement sensible.
Ses déclarations fracassantes ont fini de heurter la sensibilité de nombreux Gabonais. Au lieu d’apaiser les tensions, cette sortie médiatique rouvre un débat douloureux sur la souveraineté de l’appareil d’État et la présence, souvent décriée par l’opinion, de profils exogènes aux plus hautes fonctions de l’administration publique.
-
À lire absolument
Newsletter d'Info241
Abonnez-vous maintenant à notre newsletter pour recevoir chaque matin une analyse de l'actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs !



Réagir
Ajoutez votre commentaire
Partagez une réaction, une information complémentaire ou un point de vue argumenté.
Deux petits pas : recevez un code, entrez-le, puis rejoignez la discussion.
Votre nom, votre email, et hop : un code à 6 chiffres arrive dans votre boîte.
Collez le code reçu. Il reste valable 15 minutes, juste le temps d’ouvrir la porte.
Commentaires 0
Aucun commentaire pour le moment.
Lancez la conversation avec un retour utile, une précision ou une réaction argumentée.