Dette africaine : le vrai problème n’est pas l’argent, c’est la méfiance des marchés
Un rapport de l’ Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié en octobre 2024 , dans le cadre de son étude sur les marchés de capitaux africains (Africa Capital Market), rappelle une réalité souvent ignorée dans le débat sur la dette : la notation de crédit détermine directement le coût de l’emprunt. Autrement dit, ce ne sont pas d’abord les ressources naturelles d’un pays qui rassurent les marchés, mais la qualité perçue de sa gestion macroéconomique et institutionnelle.
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Selon cette analyse, à la fin de l’année 2024, seuls deux pays africains affichaient une notation “Investment Grade” : le Botswana et Maurice. Tous les autres grands émetteurs africains restaient en catégorie dite « spéculative », y compris des économies majeures comme le Maroc, la Côte d’Ivoire ou l’Afrique du Sud.
Pourquoi la notation change tout
L’OCDE souligne que la notation de crédit influence directement la taille de la base d’investisseurs. Plus la note est élevée, plus un pays peut attirer des investisseurs institutionnels (fonds de pension, assureurs, grands gestionnaires d’actifs), et plus il peut emprunter à des taux faibles. À l’inverse, une notation spéculative restreint la base d’acheteurs potentiels et renchérit le coût de l’argent.
La mécanique du financement international repose donc sur la confiance , bien plus que sur le potentiel économique brut. Les pays qui obtiennent les taux les plus bas sont ceux qui présentent un déficit maîtrisé , une dette soutenable , des statistiques fiables, une banque centrale crédible , ainsi qu’une continuité des politiques publiques. Bref, des États jugés prévisibles et stables.
Botswana et Maurice : les références africaines
Parmi les meilleures signatures africaines, le Botswana et Maurice servent de référence. En 2024, le Botswana affichait une note A3 chez Moody’s, tandis que Maurice était noté Baa3, deux niveaux correspondant à la catégorie « Investment Grade ». Même si Moody’s a révisé la note du Botswana en 2025 à Baa1, le pays demeure l’une des signatures les plus solides du continent.
Ces deux économies ont ainsi accès aux marchés internationaux à des taux nettement plus bas que la moyenne africaine, et jouissent d’une quasi-indépendance vis-à-vis des programmes d’urgence du FMI. Leur crédibilité financière réduit fortement la prime de risque exigée par les investisseurs.
Les pays proches de l’Investment Grade
Derrière ce duo, plusieurs pays africains disposent d’une signature jugée relativement solide, bien que toujours en catégorie spéculative. C’est le cas du Maroc (Moody’s Ba1, Fitch BB+ ), des Seychelles (Fitch BB-), de la Namibie (Moody’s B1, Fitch BB-) et de la Côte d’Ivoire (Moody’s Ba2, Fitch BB).
Ces États empruntent déjà dans des conditions plus favorables que la majorité des pays africains, mais continuent de payer une prime de risque. Ils restent donc exposés à des coûts d’emprunt supérieurs à ceux des pays notés « Investment Grade », tout en bénéficiant d’une meilleure perception que les signatures plus fragiles.
Les signatures fragiles et le cas du Gabon
À l’autre extrémité du spectre figurent des pays comme le Sénégal, le Bénin, l’Afrique du Sud, le Rwanda, le Kenya ou encore le Gabon. Ces États accèdent aux marchés internationaux à des taux élevés, reflet d’un risque perçu comme plus important. Cette situation ne change pas fondamentalement, même lorsqu’ils empruntent sur les marchés régionaux ou sous-régionaux.
Les conséquences sont multiples : charges d’intérêts lourdes, dépendance aux cycles financiers mondiaux, vulnérabilité accrue aux chocs externes, recours fréquent au FMI et base d’investisseurs limitée. Le Gabon illustre cette dynamique : malgré ses ressources, les marchés exigent une prime de risque élevée, ce qui renchérit durablement son coût de financement.
La notation, alternative structurelle au FMI
En filigrane, le message est clair : la véritable alternative au recours répété au FMI réside dans l’amélioration de la notation financière . Tant que les États africains resteront perçus comme risqués, ils continueront d’emprunter cher, ce qui alimentera le cercle vicieux dette–intérêts–ajustements.
Améliorer la signature souveraine suppose des réformes profondes et durables : discipline budgétaire, transparence statistique, stabilité institutionnelle et crédibilité monétaire. C’est sur ce terrain que se joue, en réalité, la souveraineté financière du continent.
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